La ballade des C.F.R.A

Le tramway électrique
qui d'El-Harrach aux deux moulins
avec son allure excentrique
caracole et fait mille chemins.
Tressautant sur le pavé
grinçant dans le virage
haletant dans la montée
mais toujours assurant le voyage.

Sympathique quincaille
cher au coeur de l'algérois
où tous les quartiers font retrouvaille
sur cet antique charroi.
Le contrôleur vieux bonhomme
tenue bleu pâle retaillée
fait la chasse au môme
l'aoufiste sans billet.

Le petit train toujours toussotant
s'arrête pour souffler quelque part
nôtre bonhomme la trompette sonnant
annonce déjà le départ !
Dans un bruit de ferraille il démarre
prend de la vitesse, devient un peu fou
et la clochette dans un tintamarre
semble dire aux piétons: écartez-vous !

Des jardinières aux peintures vives
apparaissent des visages crasseux
les yaouledes des fatmas assises
aux sarrouels larges, aux gestes paresseux.
Il va nôtre train plein de panache
emportant un monde haut en couleur
des blancs, des noirs, la mauresque qui se
cache au regard de l'arabe à l'oeil baladeur.

C'est le tramway de mon père
qui dès l'aube réveille la ville
où l'ouvrier laissant sa couche et vitupère
s'apprête pour l'usine et quitte le domicile.

Hussein-Dey - Août 1941
LONGO MARIO

Chaque Hussein-Déen reconnaîtra le tramway si légendaire