| Lettre
à mon Pays, mon ami. |
| Il y avait bien longtemps que j'envisageais de t'écrire. Te dire que le temps me manquait serait mentir, peut-être ai-je simplement manqué de courage. Je
t'ai quitté voilà 40 ans, un jour d'été, tu
sais un été comme toi seul pouvais nous offrir. Depuis mon départ, il ne s'est pas passé un seul jour sans que mes pensées volent vers toi. Je revois avec émotion et ravissement tes rues inondées de soleil, tes maisons aux murs blancs, tes plages au sable chaud. J'entends encore le bruit des vagues contre les rochers, les cris des enfants jouant dans la rue et celui des hirondelles volant dans un ciel d'azur. Je
voudrais pouvoir encore m'enivrer du parfum sublime des fleurs d'orangers,
de citronniers, de jasmin, d'acacia, froisser entre mes doigts des feuilles
d'eucalyptus, mâcher une caroube, m'asseoir enfin à l'ombre
d'un figuier ou d'un néflier. Je voudrais encore pouvoir caresser
le sable d'or du Sahara, contempler la beauté majestueuse des dunes
du désert et la splendeur des palmeraies. Longtemps,
j'ai espéré te rendre la visite promise lors de mon départ,
mais, emporté par le tourbillon de la vie, je ne l'ai pas fait.
Sauras-tu me pardonner... Permets-moi encore de te serrer très fort contre mon coeur, te dire que je t'aime et t'aimerais toujours. Je n'ai pas le courage de te dire adieu, mon pays, alors laisse moi te dire une nouvelle fois, au revoir. Serge
Molines |
Le
temps des retrouvailles (avril-mai 2005) |
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Après toutes ces années passées loin de toi je te retrouve toi mon pays, mon ami de toujours, celui qui m’a vu naître, grandir et aussi partir poussé par l’incompréhension des hommes pour une nouvelle existence que je n’envisageais pas de faire sans toi. Aujourd’hui, je pense encore et toujours avec autant de chagrin, à cette séparation déchirante, à toutes les larmes versées dans le désespoir d’un départ sans grand espoir de retour .Te quitter était la chose la plus cruelle que l’on pouvait me demander mais, ce long et précieux cordon qui nous reliait m’a donné la force de vivre et l’espérance de te revoir un jour. Déraciné, j’ai souvent baissé les bras et courbé l’échine parce que je n’étais pas à ma place ; mais tu étais toujours là pour m’épauler et diffuser en moi un sang neuf distillant sans cesse ton énergie pour faire battre mon cœur dans l’attente de nos retrouvailles. Je te regarde longuement et avec insistance et je découvre que tu as beaucoup changé. Tu es devenu différent. Je ne parviens pas à te reconnaître. Je me sens tout à coup fatigué et complètement perdu car j’ai l’impression que notre amour et notre complicité ont disparu, tu ne sembles pas être au rendez-vous, je me sens orphelin… Des souvenirs merveilleux que je
croyais enfouis à jamais se bousculent dans ma tête. Je peux
ainsi revoir tes rues inondées de soleil, les maisons aux murs
blancs, tes plages toujours aussi belles et sentir ton soleil éclatant
sur ma peau. Je me suis rendu, rempli d’émotion dans ce grand
jardin du souvenir, tout prés de cette mer et cette plage que j’aimais
tant pour embrasser et caresser le marbre de ce tombeau où reposent
ceux qui m’ont donné la vie. Je leur ai dit combien je les
aimais toujours autant et qu’ils me manquaient cruellement. Merci à toi ma bonne ville
d’Hussein-Dey berceau de mon enfance, à ton Maire, à
ta population sympathique et chaleureuse. Vous avez su nous accueillir
chaudement et nous offrir ce sens légendaire de l’hospitalité
dont vous avez toujours eu le secret. Ces retrouvailles sont pour moi que
des moments de pur bonheur auprès de toi et de cette population
Algérienne qui a déployé des trésors de gentillesse
et d’affection envers ses enfants d’Hussein-Dey qui venaient
des quatre coins de France pour renouer avec le passé et tisser
à nouveau des liens solides et indéfectibles d’amitié. Serge Molines |