Comme tous les grands centres de villégiature européens,
Alger fut une ville cosmopolite où la colonie étrangère
représentait une clientèle dont la fidélité
assurait, à une bonne partie de la population, des sources de revenus
importants par les dépenses qu'elle y faisait pendant la période
estivale. Ceux-ci habitués à consacrer à l'achat
de cartes postales des sommes non négligeables, eurent tout d'abord
une prédilection pour les belles cartes chromolithographiques que
les librairies firent venir directement d'Europe.
De nos jours, on peut, certes, sourires de ces "souvenirs de ..."
rescapés d'albums défraîchis et disloqués qui
les ont préservés jusqu'à nos jours, de la poussière
des greniers. Les goûts ont changés comme les temps et les
gens, mais on ne manquera pas de s'étonner de la fraîcheur
des coloris, de la qualité de la finition et des matériaux
utilisés ; un style qui sera rarement égalé par la
suite.
Au début, l'imaginaire
prévalant sur le documentaire, les éditeurs de cartes postales
firent davantage appel au talent des illustrateurs qu'à celui des
photographes.
Cependant vers 1900, favorisée par la généralisation
des procédés de reproduction typographique, la carte-vue
photographique allait rapidement s'imposer et connaître les faveurs
d'un public de plus en plus large. Toutefois, le recto de la carte étant
réservé uniquement à l'adresse, le texte de l'expéditeur
se retrouvait parfois trop abondant du côté de la gravure.
Il fallut attendre 1904-1905 pour que l'Administration des Postes autorise
le partage du recto en deux parties, dont une, réservée
à la correspondance. Bien avant cette époque, les photographes-éditeurs
et les artisans locaux surent se faire une place sur le marché
algérien malgré la sévère concurrence européenne
et métropolitaine, en reproduisant l'Algérie et les scènes
indigènes sous leurs aspects les plus pittoresques.
La carte postale affirmant sa vocation à rendre compte des évènements
que l'on jugeait mémorables, il n'est pas un fait notable, fête
publique, inauguration, funérailles, visites d'officiels ou de
personnalités, grand mariage, qui ne furent fidèlement enregistrés.
A la différence de la plupart des objets utilitaires, la carte
postale illustrée fut collectionnée dès sa commercialisation.
Les collectionneurs du début du siècle, choisissaient déjà
sur les présentoirs les pièces qu'ils jugeaient intéressantes
et les expédiaient en métropole ou à l'autre bout
de l'europe. La carte postale, comme tout objet de commerce, dépendait
de l'offre et de la demande. Certains illustrateurs ne manquèrent
pas de développer leur prestige dans des domaines où le
photographe ne pouvait qu'intervenir modérément. La publicité
en Algérie eut recours souvent à eux, sans oublier la satire
sous toutes ses formes, jusqu'à la propagation des idées
politiques.
J.Gandini
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