Je donnerais tout pour être aujourd'hui dans notre salle à manger de la rue de la Poste,
un jeudi aprés-midi ...
Ces jours-là, j'attendais, l'oreille aux aguets un petit bruit qui venait du bas de la rue :
un clac-clac métallique... Ne pas rater l'instant car il fallait le temps de négocier avec ma mére un achat important et nous n'étions pas riches... mais elle était souvent d'accord.
Elle me donnait quelques sous et je sortais sur le pas de l'immeuble. Le clac-clac s'intensifiait et bientôt j'apercevais celui qui portait sur l'épaule sa caisse de bois, objet de tous mes désirs d'un jeudi de petite fille.
Enfin, il était là et je glissais mes sous dans sa grande main, il ouvrait sa caisse et à ce jour je sens encore l'odeur qui s'en dégageait.
Enfin je tenais ma z'oublie ! Je m'asseyais sur le bord arrondi du trottoir et avec délice, je mordais dans ce grand cornet de gaufrette. Ca craquait, que c'était bon !
Je prenais mon temps pour arriver au meilleur du cornet : la fin car là, c'était encore meilleur, la gaufrette était enroulée et ça craquait encore plus.
Bien sûr, c'était plein de vide. Les glaces, c'était pour les jours de gala.
Bien sûr, ce n'était que de la gaufrette mais pour une petite fille de ce temps-là c'était un bonheur infini que je souhaite à tous les enfants du monde.
Ce souvenir d'enfance, j'ai dû le léguer sans le savoir à une de mes petites filles : chez le glacier nous commandons des glaces et un cornet vide pour elle sous les yeux éberlués de la vendeuse.
Rue de la Poste à Hussein-Dey dans les années 40.
Germaine Herlein