Nos chiens... Le mien s'appelait Tarzan...

Bien souvent je pense à ceux, quand en 1962, leurs maîtres avaient dû les abandonnés au bord d’une route ou d’un chemin, impossible de les embarquer dans l’exode que nous avons subi lors de notre départ d’Algérie, combien sont morts de chagrin plantés devant les maisons abandonnées attendant en vain l’arrivée des maîtres, terrible dilemme pour les maîtres, aucune explication possible pour ces bêtes :

Chiens, pardonnez vos maîtres des actes qu’ils ont commis en vous abandonnant car ils n’étaient pas responsables de votre sort…

TarzanIl n’a pas tourné dans les films de Tarzan avec comme rôle principal Johnny Weissmuller, peut-être que le film passait à cette époque dans les salles de cinéma d’Alger et de là l’inspiration du nom, de toute façon il était trop con pour tourner dans un film par rapport à Cheeta le chimpanzé de Tarzan. C’était normal qu’il soit con, c’était un chien Kabyle.

J’ai toujours le souvenir lorsque mon frère Rolland était arrivé de déplacement avec cette boule blanche d’à peine deux mois, il ressemblait à un ourson et effectivement comment ne pas tomber amoureux d’un tel animal.

A cette époque mon père avait enseigné à mon frère le métier de fumiste, celui qui répare les fours de boulanger, et ce jour-là il arrivait de Kabylie très certainement de la région de Djidjelli distant de trois cents kms d’Alger, moi je devais avoir 13/14 ans.

En ce temps là le chien était considéré comme une bête et non pas comme un animal de compagnie, d’ailleurs mon père l’avait accepté mais à condition qu’il dorme dehors, mais finalement il lui avait mis quelques sacs de jute dans la cabane où il y avait les lapins. Il avait aussi un poulailler avec des poules et des pigeons, alors comment refuser ce chien, évidemment il préférait les autres bestioles, ça se manger, tandis que Tarzan lui il n’avait qu’à se tenir à carreau autrement il pouvait facilement recevoir un coup de gourdin ou de godasse du père, d’ailleurs le chien s’en méfier et au moindre doute il mettait sa queue entre les jambes et baissait les oreilles, signes caractéristiques du chien qui a les jetons.

Bien souvent on considéré, peut être à tort, le chien Kabyle comme le plus pur bâtard monté sur quatre pattes et quand on disait « tiens j’ai un chien Kabyle » tout le monde pouffait de rire, mais finalement c’est nous qui étions des couillons car en Algérie, et chez nous en particulier, il n’y avait pas de dictionnaire à la maison, et qui allait savoir que cette bête était un chien de l’Atlas, un pur berger originaire des hauts plateaux de la Kabylie !
Il avait pour vocation de défendre la tente et les biens de ses maîtres ainsi qu’à protéger le cheptel. Il était musclé, nerveux, fortement charpenté, un poil blanc touffu qui le mettait à l’abri aussi bien des rigueurs de l’été ou de l’hiver, enfin il était affectueux et docile.
Pour docile et affectueux il l’était, c’était vrai à tel point que tout le monde pouvait rentrer dans la villa sans qu’il ne manifeste un geste, un grognement, ou qu’il ne montre quelques crocs, les enfants le connaissaient bien et à chaque fois que le ballon passait la balustrade de la villa les enfants allaient le chercher sans crainte. Seulement voilà, il était aussi dangereux, un fauve prêt à bouffer n’importe qui et même les godasses du père, Tarzan était capable de bouffer Tarzan, le vrai et sa guenon.
Là les crocs étaient sortis, des GRR…GRR...GRR... on devait rester à trois mètres, cela ne durait que quelques minutes, le temps d’avaler sa gamelle de soupe avec du pain trempé et quelques restes de repas. Très peu de viande à se mettre sous la dent et un seul repas par jour, alors quand c’était l’heure de son repas, tu mettais la gamelle parterre et tu t’éloignais de suite, le temps qu’il finisse la dernière goutte de soupe et miette de pain.

Voilà pourquoi il était con, comme un chien Kabyle, la gamelle, c’était sacré.
Les années passèrent et je ne sais plus à quelle époque il a disparu, mais dans tous les cas il a vécu plusieurs années avec nous et je pense qu’il a été heureux et très bien traité.

Hubert Diemer